Derrière la photo
Photo © Stéphanie Le Rouzic
Dans le billet précédent, je vous montrais une photo de ma cuisine prise un jour ordinaire, sans aucune mise en scène, parce qu’à cet instant j’étais en train de préparer mon déjeuner et que j’étais loin d’imaginer que je finirai par la publier ici. Pourtant elle n’est pas si mal cette photo, me direz-vous… C’est vrai mais il y a quand même plein de petits détails que j’aurais corrigé si cette photo avait vraiment été prévue pour être montrée dans le cadre de mon travail.
Je ne vous apprends rien, les photos de déco dans les magazines, sur Instagram et même sur les sites des architectes d’intérieur, ce n’est pas toujours la vraie vie. Les maisons sont bien rangées, les lits sont tirés au cordeau et comme par miracle, il n’y a aucun câble ni fil électrique… Mais une photo réussie, ce n’est pas seulement un intérieur ordonné, c’est aussi et surtout le travail sur la composition de l’image.
La première fois que mon intérieur a été photographié, c’était en 2004 pour le magazine Glamour. Bien sûr, j’avais rangé tout l’appartement et chaque chose était à sa place. Il n’y avait plus qu’à prendre les photos, pensais-je naïvement. Mais la photographe ’est pas venue seule. Elle est arrivée avec une styliste dont j’ai compris assez vite que le rôle n’était pas (seulement) de déranger ce que j’avais soigneusement préparé, mais au contraire de mettre en valeur mon appartement. En déplaçant légèrement un objet, en ajustant la hauteur d’une pile de livres ou en orientant un fauteuil de façon à ce qu’il prenne la lumière, je la voyais composer sous mes yeux l’image qui, grâce à ces touches subtiles, passait d’ordinaire à inspirante. Jubilatoire ! Et dire que j’ignorais que c’était un métier…
Figurez-vous que le magazine a tellement aimé les photos prises ce jour là qu’ils en ont en a réclamé davantage. La photographe est donc revenue… seule. C’est comme ça que j’ai commencé le stylisme photo. J’en ai beaucoup fait par la suite pour la presse comme pour l’édition et ça reste toujours un grand plaisir !
Bon, revenons-en à cette photo de ma cuisine… Qu’aurais-je changé si j’avais fait mon travail de styliste ?
Photo © Stéphanie Le Rouzic
1. J’aurais retiré ma théière dont on ne voit que le dessus. On ne voit même pas ce que c’est une théière et elle n’apporte rien d’autre à l’image que de la confusion.
2. Il y a trop de choses à gauche de l’étagère. Retirer le bocal de café et laisser respirer le reste n’aurait pas fait de mal.
3. C’est un peu vide dans ce coin. J’aurais pu espacer les verres ou en ajouter (les autres étaient au lave-vaisselle).
4. Je range mes couverts dans des pots directement sur le plan de travail. C’est vraiment pratique et ce qui est amusant, c’est que mes invités me demandent souvent où sont mes couverts alors qu’ils sont sous leurs yeux. Mais pour la photo, il y en a un peu trop. J’aurais allégé.
5. Je ne sais pas si ça aurait été mieux, mais j’aurais essayé de d’orienter la bouilloire de façon à ce que la poignée soit droite. Peut-être que je l’aurais finalement remis comme elle était.
6. Il y a trop de choses ici. Je n’aime pas l’effet d’alignement alors j’aurais retiré le petit ramequin.
7. À cet endroit, les assiettes et les bols sont très sombres. Ça s’équilibre avec le noir du four, mais il y a quand même trop de choses. Sortir le bol complètement à droite de l’image et laisser de l’espace entre les assiettes, aurait sûrement rééquilibré l’image.
8. Le robinet est très présent. Je l’aurais redressé un peu.
9. Il n’y presque plus de sel dans la salière, ça m’agace un peu. C’est mon côté maniaque… Sur le plateau, il y a aussi une autre salière en forme de tomate. Même si je l’aime bien, sur la photo, elle attire un peu trop l’oeil. La retirer aurait-été la solution la plus simple.
10. Les épices sont dans des pots en verre disposés sur deux rangées. En supprimant celle de derrière, j’aurais fait respirer celle de devant et fait ressortir les jolis flacons étiquettes que j’avais rapporté de Milan.
11. Et pour pousser la maniaquerie jusqu’au bout, l’étiquette du torchon aurait été repliée pour disparaitre.
Rien de spectaculaire finalement, mais si ces nombreux détails ne vont rien révolutionner, ils rendront la photo “plus propre”.
Le danger, c’est de ne pas savoir s’arrêter sous peine de perdre le naturel de la scène et de lui donner un aspect figé. Tout est une question d’équilibre, l’idée étant qu’on ne sente pas qu’un(e) styliste est passée par là…
Photo © Stéphanie Le Rouzic
Pour illustrer mon propos, j’ai tenté de corriger toutes ces petites choses a posteriori sur Photoshop. C’est plus long que de le faire au moment de la prise de vue et ce n’est pas toujours possible, mais ainsi vous avez de quoi jouer un jeu des 7 erreurs ! Les auriez-vous trouvées ?