Une cuisine pour la (vraie) vie
Photo © Stéphanie Le Rouzic pour Mars Avril
Cette photo de ma cuisine a été prise un jour ordinaire.
J’étais en train de préparer le déjeuner, quand interrompue par un appel, j’ai regardé ma cuisine avec un peu de recul.
Elle n’était pas mise en scène, pas préparée pour être photographiée.
Et pourtant, c’est à cet instant, dans la vraie vie, que je l’ai trouvée réussie.
Pourquoi ? À cause de tous les choix qui ne se remarquent pas sur la photo.
En premier lieu, il y a le choix de son emplacement : la cuisine est l’endroit de la maison où la lumière est la plus belle. Juste à côté de la porte vitrée qui mène à la terrasse, ce qui rend la cuisine super facile à vivre toute l’année. Le plan de travail se prolonge à l’extérieur. J’y ai installé la plancha qui, de ce fait, n’est pas réservée aux grandes occasions. Dès qu’il fait beau, même si je suis pressée, ça ne me prend pas plus de temps de m’installer sur la terrasse que de rester à l’intérieur. Aaaah, le bonheur des petits déjeuners dehors tous les jours !
Et puis, il y a les choix qui la rendent fonctionnelle.
Quand je commence un projet, mes clients sont emballés à l'idée de parler « déco ». Moi, je commence toujours ailleurs : par le plan. Parce que si un espace n’est pas fonctionnel, je ne vois pas comment il pourrait être beau au quotidien.
- Les choses dont je me sers tous les jours sont rangées sur les étagères. `Accessibles, elles n’ont pas le temps de se salir puisque je m’en sers tout le temps.
Ce choix impose de choisir assiettes, bols, verres, bocaux, etc en tenant compte de leurs qualités esthétiques, mais c’est une contrainte qui, à mon sens, est plutôt un plaisir !
- Après de longues hésitations, j’ai décidé de ne pas installer de hotte. Je ne dis pas qu’il ne faut pas en mettre, mais pour ma part, son bruit me gêne au point que dans mon ancienne cuisine, je ne l’utilisais que pour sa lumière. Si j’ai pu faire ce choix, c’est parce que si je cuisine des plats qui doivent mijoter longuement, je peux ouvrir la porte de la terrasse. Et si je veux cuire des sardines, la plancha n’est pas loin. Bien sûr, ce choix qui divise est plus facile à assumer quand on habite à Marseille qu’à Lille. Mais il m’a permis d’installer ces 2 très longues étagères dont je rêvais. Celle du dessus est plus profonde et j’y ai fait poser des spots qui éclairent parfaitement le plan de travail. Et rassurez-vous, j’ai prévu une arrivée électrique si un jour je change d’avis.
- Il y a aussi une prise cachée sous l’étagère (au niveau des verres à pied sur la première photo). Elle est très utile ponctuellement mais ce n’est pas une raison pour gâcher la crédence.
- Celle-ci est en béton ciré, comme le plan de travail. À condition qu’il soit bien appliqué (contrairement à ce qu’on peut nous laisser croire, c’est une affaire de pro si on veut que ça dure dans le temps.), c’est un choix que je recommande. J’aime sa douceur minérale et sa discrétion qui se met au service du reste, ici, le bois des façades et les touches colorées des objets.
- Le coin avec le petit électroménager (le grille-pain et le robot Magimix) est caché dans l’angle à gauche. Je n’ai pas de bouilloire électrique. Je bois beaucoup de thé mais je lui préfère une vraie bouilloire compatible avec la table à induction. Cela m’évite le vilain câble toujours trop long. Et sa belle couleur verte participe à la décoration.
- Les placards placés très hauts. Ça intrigue beaucoup les visiteurs la première fois, mais bien sûr je n’y range pas mes assiettes, ni ce qu’on utilise au quotidien. J’y range les affaires que j’y mettrais si j’avais une cave : l’appareil à raclette, le gros carton de verres à pied que je descends quand je fais des fêtes, la machine à barbapapa qui ne sert plus mais dont ma fille ne veut pas se débarrasser, les vases et pichets que je chine et que je fais tourner dans ma déco selon les saisons, etc. Il me suffit de monter sur un des tabourets qui sont autour de l’ilot pour accéder au contenu des placards, vous conviendrez que ce n’est pas pire que de descendre à la cave...
Je ne suis pas en train de vous dire que ma cuisine est parfaite. Elle ne l’est certainement pas. Mais elle l’est pour moi et mon mode de vie. C’est de là que je suis partie pour l’imaginer. C’est pour cette raison que je pose autant de questions à mes clients quand j’imagine la leur.
Et vous avez remarqué ? Pour le moment, on a parlé seulement de fonctionnalité. Le sujet de la décoration fera l’objet d’un autre article.
Photo © Lisa Martens Carillo
Et à ceux qui se disent, que quand même, ça doit être mis en scène, la prochaine fois je vous montrerai quelques petits détails qui seraient différents si c’était vraiment le cas, comme ça l’est sur cette dernière photo. Ça sera l’occasion de vous parler de mon travail de styliste photo !